L'éveil du théâtre

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En quelques paragraphes, quelques phrases, quelques mots seulement, un retour sur mon année au théâtre avec ci-dessous tous les spectacles que j'ai pu voir, pour vous en parler un peu, n'ayant pas toujours eu le temps de le faire.

La vie est un rêve de Calderon - mis en scène par Jacques Vincey - Bande-annonce ~ THÉÂTRE
La mise en scène épurée, sans y perdre beauté, créativité et majestuosité, d'un texte parfois long mais profond et passionnant, interprété avec force par des acteurs à qui on a fait travailler la voix, l'articulation jusqu'au bout ... pour un résultat bluffant.
Le premier spectacle de l'année dans un univers esthétique séduisant, entre la froideur d'un château au pouvoir étouffant et la chaleur orientale d'une prison de rêves.


Exit - compagnie Pyramid - Bande-annonce ~ DANSE (hip-hop)
J'attendais beaucoup de ce nouveau spectacle de Pyramid, le dernier s'étant déroulé dans le théâtre de la ville d'origine de la compagnie dans une ambiance déchaînée. Ca avait été un immense plaisir et cette nouvelle création me laisse indécis. Séduit par l'univers particulier mais peu transporté.
Beaucoup d'idées dans Exit. De très belles images et une performance dansée toujours aussi impressionnante. Malgré tout, je suis resté hermétique à cet univers ... futuriste.




Le conte d'hiver de Shakespeare - Patrick Pineau ~ THÉÂTRE
Enchaîner une générale (Exit) avec du Shakespeare ? Dur. Surtout la première partie. Mais quand la deuxième part dans quelque chose de plus enlevé, voire burlesque, on se réveille ... n'empêche que dans la première, les passages qui m'ont vraiment plus sont les changements: sombres, puissants et en musique !
Peu de souvenirs marquants de ce spectacle. Mais une énergie débordante, une scénographie qui semble multiplier les espaces de jeu par des vidéos, des jeux de vitre et de miroir ... comme autant de couches de la réalité qu'il est si difficile de détacher les unes des autres pour s'y retrouver.


Je danse toujours de Timothée de Fombelle - Etienne Guichard ~ THÉÂTRE
Petit théâtre parisien, entre deux journées au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Une pièce de mon auteur préféré mise en scène avec Clémence Poesy. Les mots prennent vie, voix et j'ai l'impression, enfin, de saisir le texte: ses nuances, détours, chemins. Tout cela grâce au jeu sensible d'une jeune actrice talentueuse et à une scénographie simple mais forte.
Une femme perdue dans les mots (ceux, si beaux, de Timothée de Fombelle), dans la guerre, dans sa vie et dans l'obscurité de cet ensemble qui naît grâce à un jeu de lumières astucieux, un seul/mur bibliothèque, une porte derrière laquelle tout semble possible et une table une chaise une lampe ... une machine à écrire.

http://eveil-theatre.blogspot.com/2014/03/tempus-fugit.htmlTempus fugit ? Une ballade sur le chemin perdu - Cirque Plume ~ ARTS DE LA PISTE
" Un poème. Des images extraordinaires créées par des décors simples ... mais il suffit de peu justement pour créer beaucoup. Créées par un univers lumineux puissant. Par un univers sonore et musical splendide. Et le tout n'est que poésie. On rit on sent les larmes au coin des yeux on redevient enfant et on grandit et le temps passe passe s'écoule fuit court virevolte. Danse.
Le cirque Plume est un sublime poème en un acte puissamment marquant. De quoi s'en mettre plein les sens ... et toucher à l'éternité entre le tic et le tac de nos vies quotidiennes. " (cliquez sur l'image)

Frankenstein de Mary Shelly adapté par Fabrice Melquiot - Paul Desvaux ~ THÉÂTRE
 Intrigué de voir une adaptation de ce roman étudié par extraits en 3è. Finalement un peu déçu tout en étant touché. Déçu par cette création qui a tendance a resté dans un juste milieu un peu fade alors que le jeu de Mary Shelley, tout en étincelles, aurait pu s'enflammer, alors que cette pauvre créature devenue une simple marionnette aux mains d'une humanité qui le dépasse, touche mais n'émeut réellement qu'à la toute fin.
De très belles idées dans cette mise en scène, assurément, puisqu'elle crée un spectacle ... lui-même explorant le thème de la création. Mary Shelley qui tisse sous les yeux du spectacteur l'intrigue de son futur roman. Frankenstein qui tente de créer un homme ... or un Homme se caractérise par son enfance, lui, seul animal en avoir une. Et cela Frankenstein semble l'avoir oublié. Sa créature n'est finalement qu'un enfant, perdu, dans le besoin d'une figure ... de père. Frankenstein l'ignore sans doute, mais il a réussi.

L'idiot d'après Dostoïevsky - Laurence Andréini ~ THÉÂTRE
Une pièce qui dure plus longtemps que prévue, l'attention qui finit par faner sous la tension de cette longueur et des pensées terre-à-terre qui partent ailleurs que cet univers est pourtant si profond, intéressant et passionnant. Un Michkyne très attachant qui ne sort pas de scène une seule fois se perd sous nos yeux dans les méandres des relations humaines, lui qui dit tout si directement, lui qui dit tout sincèrement.
La réflexion de Laurence Andréini, avec qui j'ai pu travailler pour le BAC (pour Cendrillon de Joël Pommerat), est une fois de plus mise au service d'une mise en scène recherchée et d'un univers esthétique épatant. Il y avait beaucoup à voir de cette pièce. Si seulement j'avais pu y être plus réceptif, dans de meilleures conditions.


http://eveil-theatre.blogspot.com/2014/03/tout-mon-amour.htmlTout mon amour de Lauren Mauvignier - Rodolphe Dana - Extraits ~ THÉÂTRE
" Le texte est puissant, d'une force ravageuse par l'histoire, la situation, les mots. Parce que l'Homme apparaît dans sa noirceur. Parce que l'Homme aussi apparaît dans ses angoisses et ses tourments. Parce que la bulle de chagrin, de stress, de tension, de mots tus gonfle gonfle gonfle et finit par exploser. Et à ce moment, c'est tout qui explose. Les mots, les discours, l'atmosphère, la famille ... et nos pauvres émotions de spectateur.
Oui, je suis vraiment ressorti de cette pièce ravagé. Chamboulé par un texte à la puissance indéniable. Bouleversé par un jeu d'acteur d'une intensité, d'une sensibilité, d'une justesse poignantes. Touché, ému, ravagé. La pièce m'a trotté dans la tête toute la soirée, tout le lendemain ... et aujourd'hui encore, quand j'y repense, c'est les pensées chaotiques et le cœur serré." (cliquez sur l'image)

Une année sans été de Catherine Anne - Joël Pommerat ~ THÉÂTRE
Première pièce que Joël Pommerat met en scène sans que le texte ne soit de son cru ... et pourtant, il en est proche et il prend, dans son regard, une grande puissance. Ces mots sont simples et sincères, nus et naturels, touchants. Cette mise en scène toujours aussi épurée, et peut-être même bien plus sombre que jamais, bien plus incolore, froide, étrangère.
C'était la première fois que je voyais un Pommerat en vrai et j'en suis ressorti complètement chamboulé. Touché par le texte. Ému par cette histoire mise en scène avec force. Bouleversé par l'univers lumineux qui laisse parfois apparaître un mince rayon d'espoir et l'univers sonore terriblement prenant dans un final musical poignant. Mais surtout tourmenté par les voix de ces trois adolescents, trois souffles, posés et étonnamment doux, alors que les traverse un élan désespéré vers la vie.


La Verità d'après la toile de Dali - Compagnie Finzi Pasca - Bande-annonce ~ ARTS DE LA PISTE
Ce spectacle a une histoire hors du commun. Une oeuvre d'art qui a disparu pendant près de 70 ans. Elle ressurgit soudain, mystérieusement, sans qu'on ne sache d'où, et on propose à ce metteur en scène de lui prêter la toile pendant 6 ans à condition qu'il crée un spectacle autour de cette oeuvre ... et garde l'idendité de la société prêtant l'oeuvre secrète. Le spectacle en lui-même ? Unique, à couper le souffle, des images insolites et splendides, un univers surréaliste bluffant, des artistes au talent indéniable, de la poésie, du rire, une esthétique sonore endiablée, un spectacle comme je n'en avais jamais vu, au cœur duquel il y a cette œuvre d'art de 9 mètres sur 15, cette œuvre d'art fascinante ... un spectacle dont je suis ressorti comblé au-delà de toute espérance, dont je suis ressorti comme si le temps avait disparu. Comme si le monde avait changé.

L'annonce faite à Marie de Paul Claudel - Yves Beaunesne ~ THÉÂTRE
Des longueurs dans le texte de Claudel ? Pas quand l'univers esthétique d'Yves Beaunesne se met à son service pour y insérer entre certaines scènes de superbes moments chantés et interprétés avec beaucoup de beauté par les comédiens. Pas quand le talent de ces comédiens vient incarner avec beaucoup de justesse et d'émotion des personnages riches et tourmentés. Pas quand la voix de Judith Chemla, en laquelle vit une candeur et un élan bouleversants, vient donner vie à Violaine.  Je suis ressorti de cette pièce étonnamment touché. Je ne pensais trouver dans un texte si difficile une telle passion, une telle fascination. Si la beauté de la plume de Claudel et de sa foi qui enflamme ses mots y sont pour quelques choses, tant d'émotion n'aurait pas été possible sans le talent des comédiens, la voix de Judit Chemla et d'incroyables chants.

Un chapeau de paille d'Italie d'Eugène Labiche - Giorgio Barberio Corsetti ~ THÉÂTRE
J'ai eu la chance, pour la première fois, d'aller à la Comédie française. Et j'ai été émerveillé par le lieu: luxe oui mais une grande classe et une grande beauté. Et, je l'avoue, j'avais de la comédie française une crainte: celle du démodé, un jeu un peu ... vieux jeu, toujours très classique. Mais quelle énergie ! Quelle énergie donnent les acteurs dans ce vaudeville qui prend dans cette mise en scène une dimension désespérée et même un peu rock/tzigane par l'univers musical qui apparaît parfois. Au final j'ai énormément ri, et les quelques 2h40 sont passés à une vitesse incroyable, tant j'étais pris dans l'intrigue de ce pauvre jeune marié au coeur d'une situation complexe et abracadabrantesque. J'en suis ressorti comblé, heureux et avec l'envie d'y retourner au plus vite !

(c) Tom - La Voix Photographique

Et un petit voyage à Londres. Et j'ai vu The Globe, le théâtre de Shakespeare. Et mon coeur de jeune comédien a battu d'émotion. Et mes yeux ont bu tout cela, assoiffés de ne rien rater.
(c) Tom - La Voix Photographique

Le Misanthrope de Molière - Jean-François Sivadier ~ THÉÂTRE
Étonnement du spectateur à son entrée dans la salle. Petit moment d'émerveillement. Sur la scène, entièrement dégagée de ses rideaux et pendrillons, il y a des assemblages insolites et surprenants de chaises, il y a des petits bouts de papier noirs éparpillés partout, il y a un ou deux meubles ici et là, et des chaises qui s'entassent un peu partout. Le début de la pièce n'en est pas moins surprenant quand Alceste débarque et se déchaîne sur les Clash. Un moment inédit d'un bout à l'autre du spectacle, un moment intense et énergique, avec des images superbes et un Misanthrope amer et touchant. Créatif, talentueux, dynamique, je ne suis pourtant pas sorti de ce Misanthrope véritablement marqué, enchanté ou ému, sans arriver à comprendre pourquoi.



S'embrasent de Luc Tartar - Eric Jean ~ THÉÂTRE
Dernier spectacle pour mon groupe de théâtre et moi ... petit moment d'émotion. Et quel beau point final, quelle belle apothéose ! Dans la salle du théâtre, pour une séance scolaire, l'ambiance est au rendez-vous. Que le spectacle commence ! C'est l'histoire d'un baiser, des lycéens témoins, la jalousie, l'émerveillement et l'élan, la force, le feu de cet amour qui irradie tout. C'est l'histoire d'une vieille femme qui, de la fenêtre de sa maison, en face du lycée, les observe. C'est un texte bouleversant et superbe. C'est un jeu intense et prenant et poignant. Ce sont des voix québécoises magnifiques qui transportent à eux seuls cette histoire comme un ouragan d'émotion. Il est difficile de mettre des mots sur cet océan de voix, de mots, et de sentiments.


Azimut d'Aurélien Bory - avec le groupe acrobatique de Tanger ~ ARTS DE LA PISTE
Azimut est un spectacle réellement étonnant. C'est entre danse et arts de la piste. C'est inclassable. Les corps de ces artistes s'animent sur scène. On a l'impression de voir naître et mourir. On a l'impression de voir différents mondes. On se crée sa propre histoire dans les images du spectacle. C'est un jeu d'ombres et de lumières. Ce sont des hommes qui grimpent, escaladent, volent, voltigent. 1h qui passe rapidement dans les yeux étonnés et captivés du spectateur. Original, sombre, insolite. Une esthétique très particulière, en tout cas d'un grand talent, mais à laquelle on n'accroche pas forcément. Moi, ça a marché.



 

 J'espère ne rien oublier. Et j'espère avoir encore l'année prochaine l'occasion d'aller quelques fois au théâtre. Bel été à vous, et continuez à vous étonner au théâtre ...


Rideau !

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Je suis devant l'écran de mon ordi à vouloir écrire quelques modestes mots sur ce grand texte qui a reçu le dernier prix Goncourt des lycéens et pour les aider à s'écouler et pour m'aider à les éclairer, je regarde une vidéo de l'auteur qui parle de son roman pour la librairie Mollat. Et ça marche. Aussi les voilà les mots, qui sont innombrables et se bousculent dans ma tête ne sachant plus lequel doit sortir d'abord. Alors commençons par le commencement, ce sera bien plus simple.
«Sa voix de théâtre avait une autre voix. Elle chuchotait la soie des mots. »


(cliquez sur l'image pour voir la quatrième de couverture en grand.)
Le quatrième mur, c'est l'histoire de Georges. Georges, à qui son ami Samuel, malade et désormais incapable de terminer ce qu'il avait commencé, demande d'aller à Beyrouth, rassembler les combattants d'une même guerre sur scène pour jouer l'Antigone d'Anouilh. Faire la paix, non; une trêve, oui. L'idée est belle, ambitieuse, presque désespérée. Mais Georges y va, il se lance et y croit, il se bat pour elle. Il abandonne sa femme, sa fille et part se battre pour une trêve, pour le théâtre.
«- C'est une forme de répit, alors ?
J'aimais bien le mot. j'ai dit oui. Le théâtre était un répit.»

Celui-ci prend a une place primordiale dans le roman où l'auteur tente de lui rendre toute sa force, toute sa beauté et le pouvoir qui l'habite. Mais comme il le dit lui même: "le théâtre n'est qu'un décor".
Le théâtre apparaît comme le décor d'un projet fou, fragile et ambitieux. C'est le décor de la fraternité humaine, qui réunit au-dessus de tout conflit les acteurs. C'est le décor d'une guerre: un théâtre détruit par les bombes, tenant à si peu et abri vulnérable d'une troupe hétéroclite, invraisemblable. C'est le décor de l'espoir.
«Le théâtre était devenu mon lieu de résistance. Mon arme de dénonciation. A ceux qui me reprochaient de quitter le combat, je répétais la phrase de Beaumarchais ; "Le théâtre ? Un géant qui blesse à mort tout ce qu'il frappe." »

Mais écoutez donc Sorj Chalandon parler de son roman. Entendez-le vous dire que le théâtre n'est pas le thème principal du roman. C'est un roman sur la guerre, sur la paix, sur l'espoir et un roman salvateur. Ecoutez-le donc parler de Georges -qui porte son deuxième prénom- comme un ami, comme un être vivant à qui il aurait fait la demande de monter Antigone. Ecoutez-le enfin vous dire que Georges l'a sauvé et lui a permis de faire le deuil de la guerre, de ce qu'il y avait vécu. Ecoutez-le avouer la douleur qu'il a eu, sans doute, à le sacrifier pour lui-même être sauvé.
Avec Le quatrième mur, Sorj Chalandon signe un très bel hommage au théâtre qui réunit, réconcilie, apaise et divertit. Un très bel hommage à la littérature qui dénonce, déchire, sauve, soigne. Et une bouleversante histoire où l'Histoire brise les Hommes, où la guerre anéantit des âmes et la bonté, où l'espoir semble avoir été pulvérisé, et où la paix prend devient invivable.
«Le quatrième mur ? … Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains un remède contre le trac. Pour d’autres, la frontière du réel. Une clôture invisible, qu’ils brisent parfois d’une réplique s’adressant à la salle.»

On comprend que Georges ne pourra pas être sauvé. On le voit douloureusement s'enfoncer, sans rien n'y pouvoir, dans la guerre. On le voit tomber. Aussi la fin n'est-elle qu'à peine surprenante et sans aucun doute poignante. En brisant le quatrième mur, Georges brise la frontière entre la fiction et la réalité, entre les acteurs et la guerre, lui qui cherchait à les en protéger, il brise l'espoir d'une trêve et brise l'espoir de pouvoir se cacher de l'horreur derrière ce mur invisible, fragile, salvateur. Et il brise le coeur du lecteur qui offre à ce personnage ses larmes, tout du moins, l'intention y est, petit être de papier.
«Je voulais lui offrir des larmes. J'ai cherché tout au fond. J'ai fermé les yeux pour les appeler à l'aide. Elles ne venaient pas. Elles baignaient mon ventre, mon cœur, mon âme. Elles refusaient mes joues.»

Mais c'est la voix de Sorj Chalandon qui dira mieux ce roman que moi. Ce sont les mots doux du style de son Quatrième mur qui vous parleront mieux que moi. C'est votre lecture, votre interprétation votre vision de l'oeuvre, votre vie et votre émotion qui traduiront le mieux ce que cette histoire a à murmurer à votre coeur fragile et empli d'espoir. Alors je vous laisse. Je vous laisse entendre, lire et vivre.



«" Demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends ..." a récité le tueur.
J'ai tremblé à mon tour. Mon corps, sans retenue. J'ai pleuré. Tant pis. J'ai senti cette fois sa jambe venir en aide. Je savais que mes frissons l'irradiaient. Que mes larmes secrètes remontaient à son bras, à sa main, à son doigt, posé sur le pontet de détente.
"J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit."
Et puis il a tiré. Deux coups. Un troisième, juste après. Cette fois sans trembler, sans que je ne sente rien venir. Son corps était raide de guerre. Mes larmes n'y ont rien fait. Ni la beauté d'Aurore, ni la fragilité de Louise, ni mon effroi. Il a tiré sur la ville, sur le souffle du vent. Il a tiré sur moi, sur nous tous. Il a tiré sur l'or du soir qui tombe, le bouquet de houx vert et les bruyères en fleur.»
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Je me demandais l’autre jour pourquoi j’avais voulu faire du théâtre. Bien sûr, je sais que l’envie m’a notamment été donnée lorsque je me suis rendu aux journées portes ouvertes du lycée, où les profs et quelques élèves présentaient l’option autour d’informations et d’un training. L’idée me trottait déjà dans la tête … et cela l’a confirmée. Mais la question en fait, c’est : qu’est-ce qui m’a vraiment attiré ? Quel charme le théâtre opère-t-il sur moi pour me donner à ce point envie d’en faire ?
J’ai fait il y a longtemps une année de théâtre chez un particulier, une dame qui a monté avec nous Azur et  Asmar. Je ne garde que peu de souvenirs de cette année là. Si ce n’est l’enthousiasme de monter cette pièce. Le sentiment de cohésion, d’amitié avec le groupe. Et les beaux décors qui avaient été créés ensemble avec son mari. Des décors peints sur de grands panneaux.

Je pense que c’est d’abord simplement le plaisir de la création. Le plaisir de participer à une création artistique, de s’unir au reste du groupe pour donner vie à une œuvre. Et le plaisir de raconter une histoire. Moi qui lis depuis tout petit, qui ai à mon tour voulu raconter des histoires en écrivant et qui, enfant, jouais aux Playmobil des heures pour raconter … c’est sans doute cela aussi qui m’a motivé.
Mais c’est aussi celui d’appartenir à un groupe. Retrouver les plaisirs de cette seule et lointaine année de théâtre dont je garde étonnamment peu de souvenirs et intégrer un groupe, créer des liens, créer ensemble, appartenir à quelque chose dont je serais sans doute fier.
En cherchant à décrypter cette attirance, c’est cela qui est sorti …

Mais ce que j’ai découvert alors, c’est plus, bien plus que ce que j’imaginais.
Ma première année de théâtre, c’était en facultatif. C’était avec quelques secondes et des premières. C’était mes débuts et c’était encore timide, hésitant, incertain. Mais c’était déjà le plaisir de jouer, l’adrénaline de la représentation, c’était être ensemble, derrière le rideau, à attendre d’entrer sur scène … à rentrer en soi et en son personnage. C’était déjà tout ça et c’était bon et finir cette année a été un déchirement.
Alors je me suis inscrit en spécialité théâtre. Et je garde de ces deux années un souvenir rayonnant. Exagération, hyperbole ou juste un adjectif pour enrichir ce texte ? Non. Je suis sincère. Parce que ces trois années de lycée ont été intenses. Et parce que ces deux années de théâtre ont contribué à m’épanouir. Et parce que cette dernière année a été rayonnante.

J’ai découvert que le théâtre n’est pas seulement apprendre un texte, le dire. C’est tellement plus difficile que cela.
Le théâtre c’est le corps. Le maîtriser, jouer avec, lui faire sentir l’émotion pour qu’il l’exprime. Le théâtre redonne vie à notre corps et l’imprègne d’une flamboyante énergie, d’une étonnante force dans la fragilité de sa sincérité. Le théâtre est acteur au même titre que notre voix, les mots, les sentiments.
Le théâtre c’est la voix.  La porter pour qu’elle déploie son immense richesse. Jouer d’elle comme d’un instrument. Comprendre les nuances, les dissonances, les subtilités, sa mélodie, son rythme. En faire son arme la plus puissante. Une arme d’une grande douceur. Le plus grand atout du comédien, la voix l’éclaire de sa présence. Et quand elle s’endort. Quand le silence vient l’habiter. Quand elle disparaît c’est sans abandonner son intense pouvoir.
Le théâtre c’est l’un et l’autre, l’un dans l’autre au service de l’émotion. La pièce, le personnage. L’acteur. Corps et voix s’unissent dans l’interprétation d’un texte. La tension des deux crée un univers propre à chaque personnage … et à chaque comédien.
Je ne crois pas que l’acteur disparaît dans le personnage. Chaque acteur donne au personnage un fragment de ce qu’il est, s’en détache, l’arrache à lui-même avec difficulté mais c’est un acte splendide. Et si peu facile. Là réside dans doute le plus grand obstacle à la présence sur scène. Comment habiter un personnage ? Comment lui donner vie ? Donne, acteur. Donne ce qu’il y a en toi, ce que tu comprends du personnage, ce que tu veux transmettre, ce que tu veux montrer de cet être de papier pour qu’il devienne être de chair et de sang et de voix.
Ô travail difficile. Talent encore si loin, j’ai l’impression, de mes quelques prestations. Plus proche qu’avant sans doute, car je suis conscient de mon évolution. Talent qui fait briller mes yeux de spectateur.

Car j’ai découvert cette année. Ces trois ans. Des pièces de théâtre bouleversante, éclatantes d’émotion et de sincérité. Des spectacles d’art de la piste tourbillonnants et brillant de beauté. Des danseurs et danseuses ne faisant plus qu’un avec leur corps, fougueux, doux, saisissants. J’ai découvert tant de mondes, de pièces, de textes, de spectacles, d’univers différents. Tant de prestations diverses, d’esthétiques variées, d’idées innombrables. J’ai découvert l’art de la scénographie. Fascinant, passionnant, profond, infini. J’ai découvert des métiers, des choses nouvelles, des ovnis spectaculaires.
J’ai rencontré des artistes tous si différents et enrichissants. J’ai rencontré des acteurs, des metteurs en scène, des artistes, j’ai parlé, discuté, échangé. J’ai rencontré des gens formidables qui ont chacun éclairé le comédien et la personne que je suis. Plus ou moins. Par leurs mots, leurs idées, leurs créations.
Bien sûr tout n’a pas été brillant et exceptionnel. Des spectacles m’ont déçu, ennuyé, plus ou moins plu. Des personnes sont parfois moins accessibles, disponibles, intéressantes. Des rencontres ont quitté ma mémoire sous l’épaisseur de tout le reste.
Mais ce qu’il ressort, c’est une image irisée, incandescente. Le bonheur d’avoir vécu tout ça. Tant en si peu de temps. Comme un éblouissant et intense tunnel par lequel j’aurais été happé et soudain soufflé.
Je n’ai jamais regretté une seule fois les choix que j’ai faits dans mon orientation au lycée. Je ne les regretterais jamais.

Et finalement, je crois apercevoir ce qui m’a tant séduit dans le théâtre. Ce qui m’attire. Ce qui est peut-être bien plus inaccessible que tout le reste. Et pourtant si bon. Je ne connais pas de meilleur endroit qu’une salle de théâtre pour le lâcher prise. Pour se laisser aller. Pour retrouver un sentiment perdu. Celui de l’abandon. Des apparences, du sentiment de ridicule, des règles de la société, l’abandon des rapports parfois maladroits et difficiles, l’abandon de l’attention constante du jugement des autres. Le théâtre a beau avoir parfois des ambitions réalistes, je suis sûr pourtant qu’il doit rester un extraordinaire espace de vie hors du monde réel … ou en tout cas, comme le veut si justement Joël Pommerat : « rendre le réel à un plus haut degré d’intensité ».

Pendant trois ans et de plus en plus, j’ai vécu le réel à un plus haut degré d’intensité, accompagné d’un professeur passionné et adorable, et de, en tout, 15 autres apprentis comédiens qui m’ont fait connaître l’immense plaisir de jouer, l’immense plaisir d’un travail d’équipe d’accomplissement. Une petite troupe qui m’a fait connaître l’infini bonheur d’être sur le plateau et, dans l’élan passionné de notre création, ressentir ce que veut dire le mot « ensemble ».

Eternellement lumineux et réconfortants sont les souvenirs que ces deux dernières années de théâtre, un professeur et quinze jeunes comédiens gravent en moi.
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Une autre pièce que j'ai été voir, mais plus récemment, le jour de mon anniversaire: le 30 Janvier 2014. La date était un hasard ... mais un beau hasard. Quel superbe cadeau d'anniversaire que cette pièce, quelle magnifique surprise, bien loin de la déception, je suis ressorti du théâtre comblé ... et ravagé. 

On arrive là dans la salle et il y a sur scène les acteurs, les comédiens ... non les personnages. Ils discutent, ils bougent. Ils rangent un peu ces affaires étalées partout, les affaires du grand-père tout juste décédé dont l'enterrement vient d'avoir lieu, et auquel le fils et sa femme ont assisté. Ce grand-père dont la maison va être vendue, et qui va pour autant apparaître plusieurs fois dans la pièce. Une apparition à ce père qui va se retrouver écartelé entre tous ses tourments ... Mais quand la pièce commence, on va finir par comprendre qu'il y a quelque chose qui cloche.
Ce grand-père il détend l'atmosphère, il met de l'humour. Ce petit-fils qui apparaîtra bientôt apporte un brin de jeunesse et d'insouciance, on s'identifie et il allège un peu le poids qui nous étouffe ... mais peut-être pas pour si longtemps. Mais oui il y a bientôt cette jeune-fille qui arrive. Cette enfant disparue depuis 10 ans. Cette boîte à chaussures pleine de trésors comme des poignards. Et le secret. L'énorme poids du secret, du non-dit, des mots enfouis et des pleurs refoulés. Une masse qui grandit et grandit et grandit ... et finira bien par prendre trop de place pour l'ignorer.


 Et pourtant ...
Pourtant le plateau est dénudé de rideaux, de pendrillons. On en voit les murs, les cintres, le fond. Et pourtant les personnages ne sortent pas de scène, ils restent juste là au bord de l'espace de jeu, sur une chaise, ou debout, toujours dans leur tourment, toujours en action, toujours dans leur pensée, parce qu'un tel poids sur la conscience remue et ne nous quitte jamais. Et pourtant il y a toute la vie matérielle du grand-père étalée sur scène dans son côté brut (le bois, les têtes d'animaux empaillés, les meubles), et sa fragilité (la vaisselle ...). Et pourtant les couleurs sont peu présentes et laissent place au jeu des acteurs ... aux tourments des personnages.
Oui, tout semble fait pour montrer une transparence totale.
Mais le contraste est bien là. Parce qu'on voit tout, mais on voit tout ce qu'on laisse transparaître, tout ce que nous, humains, acceptons de faire voir. Le reste est caché, dissimulé.

Déconcertant au départ cette mise en scène. Mais intrigante.
Surprenant ce début où j'ai trouvé le jeu presque mauvais. Mais bien vite différent.
Bien vite intense.
Parce qu'on ne sait pas, on se demande ... et il y a les incohérences, les petits détails glissés là qui mettent le doute. Le doute toujours.
Lorsqu'on ressortira de la pièce, c'est empli de ce doute. Qui était vraiment cette fille ? Le fantôme du passé qui ressurgit et qu'il est trop dur de ré accueillir les bras ouverts ou ... un fantôme, vraiment ? Les questions restent là, éternelles parce que l'être humain lui-même est fait de questions et que ces parents mêmes se sont demandés pendant 10 ans: où est-elle ?


 Le texte est puissant, d'une force ravageuse par l'histoire, la situation, les mots. Parce que l'Homme apparaît dans sa noirceur. Parce que l'Homme aussi apparaît dans ses angoisses et ses tourments.
Parce que la bulle de chagrin, de stress, de tension, de mots tus gonfle gonfle gonfle et finit par exploser. Et à ce moment, c'est tout qui explose. Les mots, les discours, l'atmosphère, la famille ... et nos pauvres émotions de spectateur.
Oui, je suis vraiment ressorti de cette pièce ravagé. Chamboulé par un texte à la puissance indéniable. Bouleversé par un jeu d'acteur d'une intensité, d'une sensibilité, d'une justesse poignantes. Touché, ému, ravagé. La pièce m'a trotté dans la tête toute la soirée, tout le lendemain ... et aujourd'hui encore, quand j'y repense, c'est les pensées chaotiques et le cœur serré.


Cliquez pour plus d'informations
http://lespossedes.fr/wp-content/uploads/2013/10/Poss%C3%A9d%C3%A9s_TMA.pdf
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4 ans déjà depuis le dernier spectacle du Cirque plume. 4 ans depuis l'atelier du peintre, 4 ans qui ont passé et qui ont effacé. De ce dernier spectacle il ne reste que quelques images: un grand trampoline où virevoltent des circassiens, une image finale grandiose où la peinture est maîtresse, où les toiles se percent.
Quel bonheur donc de retrouver le Cirque plume. Quelle impatience.
Un peu d'appréhension. Parce que j'ai vu le cirque Eloize entre temps, parce que cela m'a plu mais un peu déçu aussi, parce que c'est impressionnant mais pas si beau et vivant que certains plus petits cirques.
Alors voilà, presqu'une heure d'avance pour être bien placé, on se pose dans le fauteuil, on ouvre grand ses sensations pour s'apprêter à tout recevoir et on vibre à la vision de ce piano qui, doucement, régulièrement, se rapproche du sol, poussé par le poids de quelques plumes qui lui tombent dessus. Quand enfin le compte à rebours semble achevé, la lumière s'éteint, les artistes entrent en scène.
Le temps a fui depuis le dernier Cirque plume. Pour eux pour moi.
Et le temps fuit tout le temps. Quand on est pris de passion pour un livre, pour un film, pour de la musique ... pour un spectacle, de théâtre, de cirque. Le temps court dans les chemins de passion, il virevolte dans le ciel de nos joies, nos moments de bonheur, nos instants trop courts, trop rapides, mais c'est aussi pour ça qu'ils sont si bons à savourer.
Mais ici ce n'est pas le temps virtuose, le temps qui vole et s'envole et flotte. Ici c'est le temps qui fuit ... il fuit ? Ces moments où le temps n'est que la douceur et la chaleur du sable ne contredisent-ils pas ça ? Le temps n'est-il que l'écoulement trop rapide d'un sable froid et impossible à saisir entre nos mains, si ce n'est quelques grains de souvenirs ? Sommes nous condamnés à supporter son poids sur nos épaules qui se courbent, notre peau qui s'affaisse et qui finalement tombe en poussière ?
Le temps c'est peut-être ça alors. Une cadence incertaine et imprécise, un rythme qui tantôt court et tantôt flotte. Un rythme parfois doux, parfois lent, parfois trop, parfois non. Un rythme parfois rapide et vite vite vite il s'en va et file et on n'en veut plus et c'est jamais assez. Parfois ça tombe alors qu'on s'apprêtait à le tenir éternellement. Et souvent ça dure avant de s'arrêter en douceur. D'autres fois enfin c'est long et bon et on a de la chance et on s'en réjouit.
Le temps est entre tout ça.
Le temps danse.

Et elles dansent les plumes de ce cirque.
Les artistes courent sur la scène.
Les acrobates volent sur des structures aériennes.
Ils sautent, virevoltent et retombent.
Ca va vite et ça s'arrête. Ca traverse la scène dans tous les sens. C'est rapide et c'est lent. C'est torrentiel et c'est doux. C'est tout à la fois.
C'est la danse
la ballade
du temps.


Ne se perd-on pas tous dans le temps ?
N'y a-t-il que ces artistes pour se perdre là entre le tic et le tac ?
 Entre le tic et le tac, il y a nos craintes, nos peurs, nos angoisses. Entre le tic et le tac, il y a nos envies, nos désirs, nos joies et nos peines, ce qui nous poussent à nous relever et à avancer. Entre le tic et le tac, il y  a nous et tout ce qui fait de nous ce que nous sommes.
Entre le tic et le tac nous nous perdons, nous errons, nous choisissons, nous grandissons, nous changeons, nous nous décidons, nous tombont. Et à chaque tic, à chaque tac, on fait un pas.
En espérant que ce soit un pas en avant.
Alors oui le Cirque plume est comme ça. Il se perd et change et tombe et évolue et danse virevolte entre le tic et le tac. Chaque mouvement d'aiguille est une douleur et une joie et chaque mouvement d'aiguille n'est pas un pas en arrière. Ce n'est pas un pas en avant. C'est un pas de danse. Parce que même s'il n'est pas le seul ... :



Le cirque oui, sûrement. C'est du moins ce qu'il veut, ce qu'il cherche, ce qu'il espère, ce pourquoi il vit.
Le cirque Plume sans aucun doute.
Un acte de théâtre, de jeu. Un acte où les acteurs se fondent dans leurs personnages à merveille parce qu'ils doivent être eux-mêmes mais aussi faire ressentir. Beaucoup. Ils adoptent les expressions qu'il faut et tout leur corps respire l'émotion qui atteint le spectateur en plein coeur. Un acte fait de multiples scènes qui s'enchaînent si vite que le temps justement il fuit comme un oiseau. Un oiseau si beau.
Un poème. Des images extraordinaires créées par des décors simples ... mais il suffit de peu justement pour créer beaucoup. Créées par un univers lumineux puissant. Par un univers sonore et musical splendide. Et le tout n'est que poésie. On rit on sent les larmes au coin des yeux on redevient enfant et on grandit et le temps passe passe s'écoule fuit court virevolte. Danse.
Le cirque Plume est un sublime poème en un acte puissamment marquant. De quoi s'en mettre plein les sens ... et toucher à l'éternité entre le tic et le tac de nos vies quotidiennes.


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